Après avoir travaillé un mois en médecine gériatrique, j’ai été embauchée en chirurgie viscérale et vasculaire toujours a l’île de la Réunion. Ce service m’avait particulièrement plu en stage de 3ème année , c’est pourquoi quand j’ai été appelé j’étais très heureuse!

Je vous explique le déroulement global d’une journée en chirurgie dans cet article ainsi que les soins qu’on y réalise et comment se passe une relève avec les chirurgiens.

L’entretien d’embauche 

L’entretien d’embauche suite a cet appel a été très rapide car en réalité j’avais passé un premier entretien un mois avant qui s’était bien passé. Globalement ils m’ont demandé pourquoi j’étais partie étudier en métropole (je voulais me rapprocher de mes grands parents et je n’avais pas eu le concours a La Réunion…), pourquoi j’étais revenue, si j’avais de la famille a la Réunion et si j’avais l’intention de rester ou pas. Je suis consciente que le fait d’avoir la majorité de ma famille a la Réunion m’a beaucoup aidé a les convaincre que j’étais une candidate potentielle pour le long terme, qui sait parler créole et qui a un projet bien défini a la Réunion (je savais que je voulais vraiment travailler en chirurgie puis ensuite pourquoi pas me spécialiser anesthésiste ou cadre formateur…). Néanmoins, si vous n’êtes pas d’origine réunionnaise, vous avez quand même la possibilité d’être embauché bien sûr! C’est juste un petit peu plus compliqué, et surtout, il faut être sur place. J’avais des collègues qui venaient de métropole sans connaître de réunionnais et qui ont été embauché plutôt facilement. L’important est surtout de postuler au bon moment (entre janvier et juillet) et par chance de préférer un service qui recherche de nouveaux soignants.

J’ai travaillé un an et demi dans ce service ou la chirurgie vasculaire et viscérale étaient celles que je côtoyais le plus souvent. J’ai ensuite travaillé 6 mois en chirurgie polyvalente à Lyon mêlant toutes les chirurgies existantes (orthopédique, esthétique, gynécologique, reconstructrice, urologique et un peu de grand brûlés en plus de vasculaire et viscérale!). Donc des plaies, j’en ai vu des vertes et des pas mûres!

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Les services de chirurgie (viscérale et vasculaire principalement)

À mon arrivée j’ai été doublée environ 2-3 semaines, ce qui est capital quand vous débutez dans un service aussi technique et complexe que la chirurgie.

J’ai pu observer la façon de travailler de mes collègues infirmiers en chirurgie viscérale (24 patients) et vasculaire (17 patients) afin de me faire une idée de l’organisation. Dans ces deux services qui fonctionnaient selon le même modèle à peu près, le matin les 2 infirmières faisaient le tour ensemble des constantes, bilans sanguins et distribution des médicaments mais il  y en avait une qui se consacrait plutôt aux bilans qui prennent plus de temps. La différence avec le service de chirurgie polyvalente de Lyon, c’est que chaque infirmière s’occupe d’un secteur de 12 patients toute seule. Ce qui permet d’éviter de se mélanger les pinceaux entre nous, même si parfois on se sent un peu seule…

Pendant ce temps certains patients doivent aller en radio/scanner et/ou au bloc opératoire donc forcément c’est toujours un peu la course contre la montre.

Certains services accueillent même des patients le matin ce qui vous oblige à arrêter le tour pour faire une/des entrées en espérant que le patient n’a rien oublié (documents d’identité, radios, analyses…) !

Ensuite les chirurgiens commençaient la visite de leurs patients en allant voir chacun d’eux. Contrairement à la médecine, la relève se fait donc en marchant, devant ou dans la chambre du patient, d’où l’intérêt d’avoir fini le tour et d’avoir une bonne mémoire! Dans tous les cas vous avez le dossier du patient avec vous, plus ou moins😓.

Au début c’est assez difficile car il faut être multi-tâche, bien concentré et bien connaître le patient. En réalité le plus dur est quand vous revenez de repos et/ou que le patient est nouveau avec plein d’antécédents et de problèmes médicaux à prendre en compte pour la chirurgie. Mais on s’y fait! Chaque matin c’était devenu mon défi personnel de m’améliorer un peu plus en relève (entre autre) afin de gagner en temps et en confiance en moi, et ça a marché!

Comment s’en sortir en chirurgie pendant la relève?

En chirurgie le plus important est de s’adapter a chaque chirurgien. Quand vous savez ce qu’il aime savoir en fonction de sa spécialité: s’il veut des détails ou non, s’il est rapide ou pas, s’il veut voir tous les pansements, les constantes etc…c’est les doigts dans le nez! Ca demande quelques semaines d’assimiler tout ca mais n’hésitez pas à demander à vos collègues, à la cadre et au chirurgien lui même (certains adorent parler de leur spécialité!).

Par exemple en vasculaire, les pansements sont souvent tachés car c’est une chirurgie ou le patient saigne beaucoup, logiquement. Du coup les chirurgiens regardent très souvent les pansements et les pertes sanguines (dans les redons, flacons qui drainent le sang ou autres liquides). En viscéral par contre ils demanderont plus souvent combien de liquides ont perdu les patients: dans leurs poches de stomie, dans les lames (drains qui permettent aussi aux liquides de s’évacuer comme la lymphe, le pus etc…) ou aussi dans les redons, il faut leur dire si les patients ont un transit correct également.


Question pour vous:

Est-ce que voulez plus d’informations sur le matériel utilisé en chirurgie (car je me rends compte que c’est trop long pour en parler dans cet article)?

Je peux aussi faire un article sur les pansements, les autres soins ou encore les pathologies donc dites moi ce qui vous serait le plus utile/urgent et je me ferai un plaisir de vous aider!

J’attend votre réponse en commentaire, merci😁!


Les anesthésistes

Ils font partie intégrante du personnel de chirurgie car non seulement ils possèdent des connaissances infinies au sujet des médicaments, mais en plus ils sont de précieux alliés pendant une situation d’urgence.

Si le problème n’est pas directement lié à la chirurgie (hémorragie, lâchage des sutures…) nécessitant une reprise au bloc, il se charge de réanimer avec nous et/ou intuber le patient. Là encore ca dépend des services car à certains endroits ils n’interviennent presque jamais en situation d’urgence et c’est l’interne et/ou le chirurgien qui s’en occupe (à condition de ne pas avoir à intuber). Normalement chaque service à un protocole qui dit quand appeler l’anesthésiste. Renseignez vous bien pendant vos premiers jours, surtout en tant que jeune diplômé(e)!

Les anesthésistes prescrivent aussi les traitements post-opératoires jusqu’à J2 ainsi que certains traitements nécessitant des connaissances pointues (antibiotiques, transfusions…)

Avant la chirurgie ils s’occupent des visites pré-opératoires la veille au soir ou le matin même afin de vérifier que le patient ait bien arrêté les traitements prévus (ils voient l’anesthésiste une toute première fois en consultation externe) et il prescrit ceux qui peuvent être continués.

S’il s’agit d’une chirurgie en urgence, ils font la consultation d’anesthésie rapidement (antécédents, traitements, maladies…). Parfois la situation est tellement urgente qu’ils interrogent le patient au bloc juste avant de l’endormir !

Les pansements

Revenons à nos moutons. Une fois la relève terminée, il est temps de commencer les pansements. Il y en a tellement que je ne peux pas tous les citer mais si vous voulez pratiquer la réfection de pansements complexes, c’est en chirurgie qu’il faut aller! Entre redons, lames et pansements aspiratifs (VAC) vous avez l’embarras du choix, à condition de ne pas craindre les fortes odeurs😷 Et bien sûr sur vous pourrez voir et pratiquer des pansements simple de type ablation d’agrafes, petits bobos et cicatrices en tous genres (infectées, récentes, saignantes, àpoint….🤕 euh non ca c’est pour les steaks!😅).

Les autres soins complexes

Vous verrez certainement des poses de sondes urinaires, surtout en urologie, des ablations de lames et redons dont j’ai parlé plus haut, pose et changement de chambre implantable peut être et prendre en charge des hémorragies en chirurgie vasculaire souvent! Le plus compliqué réside dans l’accumulation de soins quand vous devez réaliser 3 pansements + 1 changement de sonde urinaire parce qu’elle est bouchée et une pose de cathéter parce qu’il a arraché le sien! Bon j’exagère (un tout petit peu) mais des imprévus de ce genre arrivent souvent en chirurgie car les complications en tous genres font partie du quotidien là-bas.

D’où l’intérêt d’avoir la tête sur les épaules, une grande maîtrise de ses émotions, de l’énergie et une patience à toute épreuve! Avec bien sûr de la passion pour ce métier, c’est ce qui m’a fait tenir quand j’avais envie de partir en courant, en plus du fait que je me répétais sans arrêt que si c’est dur pour moi, c’est encore plus dur pour le patient car c’est LUI le malade donc c’est LUI qui souffre le plus.

Les soins plus ‘simples’

Sans parler du relationnel qui fait partie intégrante de chaque service de soin, vous serez amené à pratiquer des soins de prévention d’escarres et/ou d’escarres avérés puisque la douleurs/le matériel implanté/le protocole en orthopédie empêchent les patients de se mobiliser comme avant. De plus, vous devrez aider aux repas, faire des toilettes/aides à la toilette, préparation et distribution des traitements per os et injectables, bilans sanguins, poses de cathéters, sondes naso gastrique, oxygène, préparation au bloc et aux autres examens (scanners, coloscopies…), préparations de pousse seringues et surtout surveillances post opératoires.

Début d’aprés midi

Apres tous ces soins, soit vous rentrez chez vous après le tour de 12h et la relève si vous êtes en 7h, soit vous allez manger (quand c’est possible) avant de reprendre avec le tour des traitements de 14h!

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Celle qui a fini sa journée…

Ensuite vous pouvez accueillir les nouveaux arrivant très heureux de se faire charcuter, tout nus sur une table d’opération 😓 Je dis ça pour vous faire comprendre l’état d’esprit des patients entrant qui angoissent et/ou font la tronche, ce qui peut se comprendre ceci dit!

Généralement il faut vérifier que leur dossier soit complet, imprimer leurs étiquettes, leur mettre un bracelet, prendre leurs constantes, leur expliquer comment va se dérouler l’hospitalisation, vérifier leurs antécédents, traitements, histoire de leur(s) maladie(s) et parfois une gentille prise de sang pour leur donner envie de rester! Quelques fois ils ont besoin d’une préparation spécifique (laxatif pour les coloscopies) et d’un cathéter au cas où (s’ils sont diabétiques par exemple) c’est l’anesthésiste qui l’écrit dans leur dossier normalement mais tout dépend du service encore une fois!

Retour de bloc opératoire

Je ne peux pas aborder la chirurgie sans parler des retours de blocs opératoires. Cependant je vais faire court car sinon vous allez vous endormir!

À son arrivée, lisez son dossier pour savoir si la chirurgie s’est bien passée (première question du patient et de sa famille) quels traitements il a eu (surtout antalgiques) et s’il y a des consignes particulières. Le chirurgien passera pour expliquer les détails de l’opération à la famille.

Bien sûr tout dépend de la chirurgie exécutée mais généralement vous devez prendre TOUTES les constantes du patient toutes les heures puis toutes les deux heures au bout de 3-4 heures. Les pansements, matériels (perfusions, pousse seringues, poche de glace etc) doivent être vérifiés, notés et changés si vide ou ne fonctionnent plus. Les pansements doivent être refait uniquement si vraiment sales (à voir selon protocole du service et/ou avis du chirurgien, ca dépende de la chirurgie).

On appelle J0 le jour du retour de bloc et vous devez noter et signaler toute anomalie à l’infirmière même si ça vous paraît peu important ou peu visible. D’ailleurs il faut délimiter les tâches des pansements pour savoir si elles grossissent.

Bien sûr vous devez noter tout ça dans les transmissions et le répéter à la relève.

Pensez à vérifier que le patient à tous les traitements nécessaires pour la nuit car la pharmacie sera fermée (sauf pharmacien de garde pour les urgences).

Fin d’aprés midi

Apres avoir couru, transpiré, répété 10 fois la même chose aux 10 patients qui sont entrés, dit au revoir avec émotion aux patients qui sont partis (en cherchant leurs papiers de sorties partout puisque quelqu’un a oublié de les remplir/signer/imprimer), vous pouvez commencer le tour de 17-18h.

Et rebelote avec des cachets, des perfusions et des sachets de laxatifs à gogo puisque tout le monde finit constipé en chirurgie, même ceux qui marchent! Faut dire qu’ils font pas d’épreuve sportive intense en arpentant les couloirs! C’est quand meme de leur donner le matin, pensez aux collegues de nuit qui devront nettoyer et au patient qui dormira pas beaucoup si les laxatifs font effet cette nuit la.

Et enfin…votre collègue arrive pour vous sauver de ce chaos et reprendre le flambeau!

Dernier défi de la journée: raconter l’essentiel de ce qu’il s’est passé en 20-30 minutes en étant synthétique mais exhaustif!

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Ta tete en fin de journée

Ahlala qu’est que j’aimais ca! Je dois être bien maso pour repenser à tout ça avec nostalgie!😂

En tout cas la chirurgie restera mon service de cœur parce que je n’ai jamais autant appris que ces années passées à:

Guérir parfois, soulager souvent et écouter toujours…

Louis Pasteur

A bientot pour de nouvelles aventures!


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Elise