Les différents drains rencontrés en chirurgie

Les drains de redon, les lames et les drains thoraciques sont régulièrement rencontrés en service de chirurgie.

Qu’ils soient en siphonnage/déclive ou en aspiration, l’infirmier doit savoir surveiller, refaire le pansement et retirer ce matériel spécifique.

Drain de redon en siphonnage
Réalisé par reussirinfirmiere

Qu’est-ce qu’un drain?

📚 Un drain peut être un tube relié à un flacon (redon) ou à une valisette (drain thoracique) ou encore une succession de petits tubes collés débouchant dans une poche (lame)…

📚 Ils relient tous l’intérieur du corps humain à l’extérieur.

📚 Ils permettent l’évacuation de liquides: sang, lymphe, pus, liquides digestifs (comme la bile ou le bol alimentaire), les urines, les selles…

📚 Ils sont placés dans une plaie opératoire ou une cavité naturelle (urètre, estomac…) et laissés en place au moins une journée.

📚 Ils évitent les collections anormales de pus (= abcès), de sang (= hématome) ou tout simplement ouvrent le passage aux écoulements naturels (selles, urines, bile) bloqués ou risquant d’être bloqués pour diverses raisons (occlusion par obstacle ou autre, rétrécissement du passage, protection des sutures…).

📚 Ils permettent la cicatrisation en mettant l’organe au repos passivement (stomie, SNG*, SAD**, drain de Kher…), ou en évacuant activement par aspiration (les drains thoraciques rapprochent les 2 feuillets de la plèvre en plus d’évacuer le surplus de liquide).

Il existe deux sortes de drainages.

1) Drainage actif 

  • Système d’aspiration vers l’extérieur grâce à une source de vide.

Exemple: Les drains thoraciques et les SNG sont reliés à une aspiration murale d’intensité réglable, source de vide.

📌 Les redons (et les manovacs) n’ont pas d’air à l’intérieur, il n’y a que du vide lorsqu’ils sont en mode « aspiratif » (accordéon vert replié pour les redons).

📌 Le passage en mode siphonnage nécessite donc de provoquer un appel d’air en piquant une aiguille dans cet accordéon en caoutchouc vert.

Sur la photo ci-dessous retouchée par mes soins, vous pouvez voir un drain de Redon en siphonnage car l’accordéon est déplié.

📌 Pour les redons, l’aspiration diminue au fur et à mesure qu’il se remplit. Il peut donc se retrouver en siphonnage sans que personne ne lui aie rien demandé !

📌 C’est pourquoi il est très important de vérifier à chaque passage le maintient de l’aspiration selon les consignes du chirurgien (siphonnage ou aspiration pour les redons ou alors de -20 à -100 mmHg pour les drains thoraciques et les SNG).

Un Manovac. Plus petit qu’un redon, on compte la quantité en « spirales ».

manovac petit drain avec spirales

 

2) Drainage passif

Écoulement des sérosités sans aspiration, grâce à une différence de pression entre intérieur et extérieur du corps humain.

La pression est plus importante dans la cavité corporelle donc le liquide s’évacue vers l’emplacement le moins pressurisé.

🔄 C’est le même principe que l’homéostasie: la recherche constante d’équilibre! 🔄

📌 Les redons en siphonnage, les lames, drains tubulaires (drains de Kher, de Blake…), les sondes naso-gastriques en déclive (au sol, sans aspiration), les sondes urinaires et les stomies sont des drainages passifs (même si les stomies n’ont pas de tubes à l’intérieur).

Il existe deux sortes de lames:

  • Lame en caoutchouc ondulée simple (cf. photo ci-dessous).
  • Lame multitubulaire siliconée formée de tubes très fins collés les uns aux autres apportant un effet de capillarité (cf. photo ci-dessous).

Ci dessous, photo d’un type de lames en caoutchouc ondulées sans la poche de recueil (avec des berges inflammatoires):

Photo d'une lame ondulée sur un patient opéré. NON LIBRE DE DROITS.
Plaie abdominale chirurgicale avec berges inflammatoires (c) reussirinfirmiere.com
 

Photo d’une lame multitubulaire avant la pose:

lametubulairechirurgie.jpg

Vous remarquerez qu’elles peuvent être trés longues alors qu’une infime partie ressort du corps du patient. Lors du retrait, il faut donc y aller de façon progressive sans tirer brutalement.

 

3) La surveillance

Quantité, aspect

  • Sanglant, séreux ou sero-sanglant.
  • Signaler si sang rouge épais, purulent, aspect d’urine ou tout autre aspect anormal.
  • Puis le montrer au chirurgien, garder un échantillon ou faire une photo car la poche risque d’être vidée avant son passage.
  • Pour les urines: limpide, concentré (signe de déshydratation) ou hématique (saignement dans la vessie). Etat de l’orifice et débit à surveiller en priorité, commun à tous les drains.

Etat de l’orifice

  • Est-il propre? Si non, pourquoi (pus, sang coagulé ou autre…).
  • Nettoyer l’orifice sale, même si ce n’est pas le jour du pansement. Vous pourrez voir si les taches reviennent (suite a un écoulement par exemple).
  • Saigne-t-il? Si oui, délimiter sur le pansement pour évaluer l’évolution du saignement. Un patient peut faire une hémorragie par un orifice de redon, surtout à son retrait ou s’il est bouché!

Aspiration ou siphonnage

  • Surveiller si l’aspiration est active pour les redons.
  • Pour les sondes gastriques: vérifier l’intensité de l’aspiration sur la prise murale (selon prescription médicale). Sinon, laisser en déclive, sur une alèse sur le sol
  • Les drains thoraciques sont toujours en aspiration sauf pendant le transport du patient.

Cas particulier des drains thoraciques (ou drainage pleural)


Ils doivent être surveillés avec rigueur car une faute d’attention peut provoquer un épanchement pleural ou un pneumothorax (par stagnation du liquide ou fuite du drain).

  • En plus de la quantité, aspect, état de l’orifice et débit comme les autres drains (colonnes de droite), il faut bien vérifier que la colonne d’eau est remplie jusqu’au témoin en pointillés tout à gauche.
  • Si ce n’est pas le cas: clamper le drain peu de temps (languette blanche de droite sur la photo), ajouter de l’eau aprés avoir enlevé le bouchon gris (l’eau se colore en bleu grâce à un colorant dans la valisette), bien refermer et déclamper.
  • Noter et signaler au chirurgien s’il y a des bulles dans la colonne C et en quelle quantité (de 1 à 5).
  • Et bien sûr vérifier l’aspiration murale: max -100mmHg sinon risque d’abimer le poumon du patient et d’avoir de l’eau qui remonte jusqu’au filtre (se situe entre l’aspiration du drain et la prise murale).
  • Toujours faire attention à la saturation en oxygène et la douleur du patient quand il a un drain thoracique.
  • Prévoir une radio pulmonaire au lit avant le passage du chirurgien pour qu’il puisse la voir. Elle lui permettra de décider du moment où il faut retirer le drain.
  • En général le drain thoracique est retiré au bout de 3-4 jours car trés génant et douloureux pour le patient: il ne peut pas se tourner du côté opéré ni se lever du lit!

4) Le retrait

  • Plutôt simple la plupart du temps: couper le fil qui relie le drain à la peau après une désinfection bétadinée puis tirer doucement (sans à-coup) car peut être douloureux pour le patient. Valable pour les redons, les manovacs et les lames. Il se peut que vous trouviez une résistance au retrait d’un redon (encore plus douloureux pour le patient). Il faut continuer à tirer doucement tout en appuyant sur la peau et en demandant au patient d’inspirer…
  • Pour les lames: on doit mobiliser tous les jours de quelques centimètres jusqu’à ce qu’elles tombent. Cela dure entre 2 et 5 jours selon la taille insérée à l’intérieur du patient et la quantité de centimètres mobilisés chaque jour.
  • Refaire une désinfection aprés le retrait et surveiller l’état du pansement par la suite. Il se peut que le drain était bouché et que tous les liquides n’aient pas été évacués par celui-ci. Ils s’évacueront ensuite…dans le pansement!
  • Bien vérifier la quantité dans le drain avant de retirer (moins de 20cc sont acceptables pour un retrait de redon mais demandez TOUJOURS au chirurgien avant). Il se peut qu’il ne veule pas, car certaines fois les drains ne donnent qu’au bout de 2-3 jours.
Cas particulier du retrait d’un drain thoracique:
  • C’est le chirurgien qui le retire avec l’aide de l’IDE. Préparer le champ (désinfection béta puis champ stérile le temps qu’il arrive).
  • Il coupera le fil, fera un noeud et vous devrez tirer au moment où il vous le dit. En même temps, il serrera le nœud pour que l’air ne rentre pas.
  • Il y a souvent des résistance aussi mais vous devrez tirer quand même, toujours sans à-coup ni d’un coup sec. Tout ça avec calme et délicatesse mais un peu de fermeté tout de même!
  • Préférez les pansements de type Mepilex (à gel, de couleur marron et imperméables). En effet, les pansements de type Cicaplaies (R) (blanc, non imperméables) provoquent beaucoup d’allergies type phlyctènes.
Autres drains:


D’autres systèmes sont utilisés quelques fois: les faisceaux de crins, les sytèmes d’irriguation et d’aspiration. Ils sont nombreux et s’adaptent à l’organe et aux attentes du chirurgien. Il existe les sacs de Mikulicz aussi. Certains peuvent aussi être posés en radiologie par le radiologue comme le drain de Kher.


Lexique:

SNG: Sondes Naso-Gastriques qui passent par le nez pour rejoindre l’estomac. Evite les vomissements, mettent l’estomac au repos.

SAD: Sonde A Demeure ou sonde urinaire qu’on introduit dans l’urètre pour drainer les urines de la vessie vers une poche extérieure. En cas de globe urinaire ou pour permettre à le vessie de cicatriser après une chirugie vésicale par exemple.


Sources:

http://www.euro-pharmat.com/media/documents/1oraleGlaisemontpellier.pdf

https://bronchite.ooreka.fr/astuce/voir/569931/drain-medical

+ Mes connaissances et mon expérience personnelle en chirurgie depuis 2015.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas en commentaire ou par messages, nous nous ferons un plaisir de vous répondre!

A bientôt pour de nouvelles aventures!!🖐🏼

Elise📝

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Infirmiere voyageuse

Infirmière travaillant principalement en chirurgie, j'aime encadrer les étudiants mais malheureusement parfois le temps nous manque. J'ai donc décidé de créer un outil qui concerne chacun d'eux tout en proposant un suivi personnalisé à la demande afin qu'ils abordent et continuent leurs études plus sereinement.

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